Le développement d'une politique d'achat public socialement responsable

9 avril 2008


M.Martin Hirsch, Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, a présenté le 9 mars 2008 lors du Conseil des Ministres une communication sur le développement d'une politique d'achat responsable.

Le texte de sa communication

Le comité interministériel de lutte contre les exclusions du 12 mai 2006 a posé le principe d’une généralisation des clauses sociales dans les marchés publics. Cette exigence a été rappelée par le conseil de modernisation des politiques publiques du 12 décembre 2007 qui a inscrit l’utilisation des clauses sociales du code des marchés publics parmi les priorités de la politique d’achat de l’Etat.

Le code des marchés, tel que modifié par le décret du 1er août 2006, constitue désormais un socle juridique adapté au développement des achats publics socialement responsables.

L’article 5 impose au donneur d’ordre une prise en compte systématique du développement durable tandis que l’article 10 fait de l’allotissement en lots séparés - condition d’accès de petites entreprises à la commande publique - le droit commun de la passation des marchés. Par ailleurs, l’article 14 autorise l’acheteur à imposer à
tout soumissionnaire des conditions d’exécution comportant l’embauche de personnes en difficulté. L’article 15 autorise, lui, de réserver des lots ou marchés à des structures employant une majorité de personnes handicapées. L’article 30 autorise encore l’acheteur public à contracter plus librement des marchés avec les
structures en charge de la qualification et de l’insertion professionnelle. Enfin, l’article 53-1 permet de créer un lien entre attribution des marchés et performances escomptées en matière d’insertion professionnelle des publics en difficulté.

Ces dispositions ont commencé à être mobilisées avec succès par les collectivités locales : leur utilisation locale a permis de dégager plus de 2 millions d’heures d’insertion au bénéfice de publics éloignés de l’emploi. Elles peinent cependant à donner toute leur mesure en ce qui concerne les achats de l’Etat. Le gouvernement
souhaite donc développer résolument une politique dont l’impact sur l’emploi des personnes qui en sont le plus éloignées apparaît très prometteur. Pour cela, un programme d’actions s’appuyant notamment sur les propositions issues du rapport de Jean-Baptiste de Foucauld et Agnès Audier « Développer les achats publics socialement responsables » va être mis en oeuvre conjointement par le haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et les ministères chargés du budget et de l’emploi.

La généralisation d’achats publics socialement responsables permettra ainsi de favoriser l’emploi et le développement des compétences de personnes pour lesquelles la réalisation de la commande publique est l’occasion d’un retour à l’activité.

Cette généralisation nécessite la mobilisation simultanée de trois acteurs: le donneur d’ordre, l’entreprise soumissionnaire, et l’organisme d’insertion, dont une meilleure articulation doit par ailleurs être favorisée sur les bassins d’emploi.
  • En direction des donneurs d’ordre : il s’agit de diffuser la connaissance et de responsabiliser les acheteurs publics sur leurs pratiques d’achat
  • De nouvelles manifestations vont être organisées pour faire connaître aux acheteurs publics les outils permettant les achats socialement responsables.
    Des initiatives récentes ont permis de franchir des pas décisifs dans la connaissance de ces dispositions et la diffusion de la sécurité juridique qui y est désormais attaché :
    - des guides recensant les expériences et bonnes pratiques ont été édités :
    guide des régies de quartier et « guide en direction des donneurs d’ordre »,
    rédigé par l’Alliance Villes Emploi, avec l’appui de la délégation
    interministérielle à l’innovation, à l’expérimentation sociale et à l’économie
    sociale et la DGEFP dans le cadre du CNIAE. Il est en ligne sur le site
    d’Alliance Villes Emploi.
    - un guide à l’attention des acheteurs publics a été rédigé par la direction des
    affaires juridiques de Bercy dans le cadre des travaux de l’observatoire
    économique de l’achat public en juillet 2007. Il est disponible en ligne sur les
    sites du MINEFE.et diffusé sous forme d’un cd rom
    Ces initiatives doivent être amplifiées. Deux manifestations vont le permettre dans le
    courant de l’année 2008 :
    - avant la fin du premier semestre, une manifestation territoriale du Grenelle
    de l’insertion sera consacrée aux achats publics socialement
    responsables . Les constats et préconisations qui pourront être faits au
    cours de cette journée d’échange, organisée le 20 mai à Besançon,
    nourriront les conclusions et propositions du Grenelle et seront largement
    diffusés par un partenariat spécifique en direction des acheteurs publics ;
    - dans le courant du second semestre, un colloque organisé par les
    ministères financiers dans le cadre de la Présidence française sur la
    « commande publique et l’inclusion sociale active » permettra de mettre en
    valeur cette pratique au niveau communautaire.
  • Les acheteurs publics vont être responsabilisés sur leurs pratiques d’achat
    Cette orientation trouve toute sa place dans le cadre de la politique de mutualisation
    et de professionnalisation des achats de l’Etat, décidée par le conseil de
    modernisation des politiques publiques et menée sous la responsabilité du ministre
    du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique. La future agence des
    achats de l’Etat intégrera pleinement le développement des achats publics
    socialement responsables parmi ses objectifs. Les dispositions réglementaires
    l’instituant veilleront à le rappeler, ainsi que le principe de responsabilisation des
    acheteurs publics, réitéré devant le conseil national de lutte contre l’exclusion du 5
    février 2007. Il est également prévu de nommer un représentant des entreprises
    d’insertion dans son comité d’orientation.
    D’ici là, la mission interministérielle France Achat, qui travaille à la préfiguration de
    cette future structure de coordination des achats de tout l’Etat, a désigné en son sein
    un chargé de mission pour la promotion des clauses sociales. Ce dernier travaille
    d’ores et déjà en ce sens en direction des acheteurs publics, pour les aider à réaliser
    les achats en respectant ces objectifs.
    Le recours systématique aux clauses sociales doit permettre d’atteindre d’ici 2012
    et dans les segments comportant au moins 50% de main-d’oeuvre au minimum
    10% des achats courants de l’Etat et de ses établissements publics avec des
    entreprises et/ou structures d’insertion ou employant des personnes handicapés,
    comme préconisé en comité opérationnel du Grenelle de l’environnement sur la
    thématique de l’achat durable.
    La progression de l’emploi de ces clauses fera l’objet d’un suivi statistique par
    l’observatoire économique de l’achat public, dont la direction des affaires juridiques
    de Bercy a la responsabilité, qui en rendra notamment compte au haut-commissaire
    aux solidarités actives contre la pauvreté. Au-delà, une évaluation de l’impact de
    cette politique sur l’emploi durable des personnes concernées sera construite.
  • Les entreprises soumissionnaires vont être aidées dans leur capacité à
    répondre à l’acheteur public
  • Un site internet dédié va permettre aux entreprises « classiques » de
    connaître les capacités des structures susceptibles de proposer des
    personnes en parcours d’insertion en lien avec l’objet des marchés
    concernés.
    La construction de ce site est en cours pour une mise en service opérationnelle
    avant l’été. Il centralisera l’ensemble des informations utiles sur les structures
    opérationnelles de l’insertion. Seront ainsi clairement référencées l’ensemble des
    organismes vers lesquels les entreprises soumissionnaires pourront se tourner soit
    pour exécuter elles-mêmes, avec des salariés en insertion qui seront alors mis à
    leur disposition par des structures d’insertion par l’activité économique (voire des
    entreprises de travail temporaire d’insertion) ou embauchées dans le cadre d’un
    groupement d’employeurs, soit pour faire exécuter, en sous-traitance ou en cotraitance,
    leur engagement de réserver un certain nombre d’heures de travail
    résultant du marché à des public éloignés de l’emploi.
    Les manifestations nationales et communautaires de l’année 2008 seront également
    l’occasion d’informer ces entreprises sur les orientations de la politique d’achat
    public et les outils mis à leur disposition pour y faire face.
  • Les entreprises d’insertion doivent également accroître leur
    capacité d’accès direct à la commande publique
    Les travaux du Grenelle de l’insertion, conduit par le haut-commissaire aux
    solidarités actives à la demande du président de la République, sont notamment le
    lieu d’une réflexion sur la mobilisation des réseaux de l’insertion et l’adaptation de
    leur pratique aux besoins des acheteurs – notamment certification et prise en
    compte de critères qualité … Les conclusions de ces travaux, issus notamment des
    ateliers « parcours d’insertion » et « mobilisation des entreprises », ainsi que les
    préconisations concrètes seront disponibles à la fin du mois de mai. Ils fourniront
    des propositions d’actions des pouvoirs publics et des acteurs de l’insertion.
  • L’interaction locale entre acteurs de cette politique doit être encouragée au
    travers notamment du développement de « facilitateurs ».
    Le rapport de Foucauld, comme le recensement des bonnes pratiques locales, a
    clairement mis en lumière le rôle essentiel, pour la réussite de cette politique, de
    « facilitateurs », au service tant des acheteurs publics que des entreprises.
    Imaginé par les collectivités locales, leur rôle est à la fois : de pédagogie auprès des
    acheteurs, pour aider au choix de clauses adaptées à chaque marché particulier ; de
    repérage des personnes potentiellement concernées avec le service public de
    l’emploi, d’élaboration et de proposition aux entreprises intéressées de conditions
    d’embauche et de mise à dispositions des candidats pré-sélectionnés et de suivi de
    la bonne exécution des engagements des entreprises et des personnes bénéficiaires
    pour le compte de l’acheteur prescripteur.
    Leur nombre reste encore limité (quelques dizaines sur l’ensemble du territoire
    national à l’été 2007). Leur renforcement doit donc devenir un axe de compétence
    des maisons de l’emploi ou structures équivalentes, rassemblant et coordonnant
    l’action du service public et des collectivités territoriales. Ils veilleront à promouvoir
    au travers de ces clauses l’effectivité d’un véritable parcours d’insertion et la
    qualification des personnes concernées.

Mobilisation des acheteurs publics, des entreprises « classiques » ou partenaires de l’insertion par l’économie, recherche de leur meilleure articulation au niveau local et des bassins d’emploi, doivent permettre de faire progresser, au-delà du droit, les pratiques des achats et surtout celles de l’insertion des personnes éloignées de l’emploi, qu’il s’agisse tant de demandeur d’emploi de longue durée, bénéficiaires de minima sociaux ou personnes reconnues travailleurs handicapés.

Cet outil est donc essentiel pour progresser dans la mise en oeuvre de l’engagement que s’est fixé le gouvernement de réduire la pauvreté d’un tiers en cinq ans notamment par un meilleur accès à l’emploi des publics qui en sont éloignés. Il sera rendu compte de la mise en oeuvre de ce plan en comité interministériel de
lutte contre l’exclusion.

Actualité

Date : 09 avril 2008

Mise en ligne le 12 septembre 2008

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