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Erdre et Loire Initiatives - Deco'stume

Instaurer une culture d’entreprise

Luxe et insertion : Déco'stume l’a fait ! L’atelier et chantier d’insertion, membre de l’ensemblier Erdre et Loire Initiatives, a déjà été sous-traitant pour de grandes marques de mode comme Bouchra Jarrar. Plus récemment, pour aller au-delà des commandes ponctuelles, l’association a structuré une activité de récupération des sacs en toile de jute des torréfacteurs, afin de confectionner poufs, coussins, tabliers et sacs. Elle assure également une distribution efficace de ces objets « upcyclés » à travers Lilokawa, une société classique qui commerciale les objets produits par les salariés en parcours d’insertion de l’atelier. 

La démarche en 13 questions
Questions à Ludovic Manceau, directeur, Erdre et Loire Initiatives 
Deco’stume fait partie d’Erdre et Loire Initiatives (ELI). Quelles sont les activités majeures de cet ensemblier d’insertion ?

Outre un réseau mobilité, ELI compte une association intermédiaire et trois ateliers et chantiers d’insertion et salarie environ 300 personnes par an. Nous sommes positionnés dans les secteurs de l’éco-construction, de la gestion des espaces verts, et de la couture et de l’upcycling en ce qui concerne Deco’stume.

Nous sommes depuis 2011 installés dans la zone industrielle d’Ancenis, près de Nantes et d’Angers, ce qui nous permet de renforcer notre visibilité auprès des acteurs privés du territoire. Notre objectif est de parvenir à ajuster en continu notre offre d’insertion aux besoins locaux. 

Vous évoquez l’ancrage territorial de votre activité. Etes-vous inscrit dans une démarche de pôle territorial de coopération économique (PTCE) ?

Oui, mais pas pour ELI dans son ensemble. Nous avons concentré nos efforts sur le secteur du bâtiment. Aujourd’hui, dans le PTCE du Pays d’Ancenis, le réseau Echo-Bat rassemble 120 entreprises et structures d’insertion des Pays de la Loire. C’est un réseau de professionnels et d’acteurs impliqués dans l’éco-construction. A la base, l’association est le fruit d’une réflexion commune sur le Pays d’Ancenis sur la crise du bâtiment et sur la dégradation de l’emploi dans le secteur de la construction. 

Quelles actions menez-vous via Echo-Bat ?

L’un des objectifs d’Echo-Bat est d’aller sensibiliser les collectivités aux enjeux et à l’intérêt des constructions passives. Nous voulons que les acteurs publics soient plus attentifs à l’offre des structures du territoire lorsqu’ils passent des marchés. Echo-Bat joue le rôle d’une plateforme d’innovation régionale. Par exemple, nous portons le projet de construire des maisons en paille, que nous allons essayer de développer au niveau européen avec deux entreprises, Bbio Conception et Thierrhabitat. Nous avons embauché un ingénieur sur la modélisation. 

En termes de dynamique locale, vous vous investissez aussi dans une société commerciale nantaise: Lilokawa. Quels liens avez-vous développé entre cette SAS et Deco’stume ?

Deco’stume est un atelier de confection qui réalise des objets et accessoires, comme des sacs, des pochettes, des housses, pour des créateurs, des maisons de haute couture, des entreprises, des collectivités, etc. Nous avons par exemple déjà été sous-traitant de Bouchra Jarrar et avons réalisé les décors et costumes d’un grand spectacle, pour l’association Transmission (12 000 spectateurs). Nous nous sommes également lancés dans l’upcycling grâce à Lilokawa, en récupérant les sacs en toile de jute des torréfacteurs, et en créant à partir de cette matière des nouveaux objets, comme des poufs ou des coussins, et plus récemment, du petit mobilier. Lilokawa s’occupe de la commercialisation des produits. 

Quelle est l’origine du projet ?

Olivier, le porteur de projet de Lilokawa, est venu me voir suite à la consultation d’un article dans la presse sur les sous-traitances que nous assurions pour de grandes marques de mode. Fils de torréfacteur, il souhaitait créer une entreprise pour commercialiser des produits confectionnés à partir de matériaux récupérés, mais il n’avait pas forcément les compétences pour gérer une chaîne de production. Nous avons donc mis en place un partenariat. 

Comment la société a-t-elle ensuite été créée ?

Au démarrage, nous nous sommes entendus pour établir une convention de partenariat entre l’association ELI et la SARL. Nous avons voulu ensuite aller plus loin afin de structurer davantage les relations entre les deux structures : les statuts ont évolué pour transformer Lilokawa en SAS, ce qui a permis d’ouvrir davantage la gouvernance et de nous donner plus de souplesse. Aujourd’hui, ELI est actionnaire de Lilokawa, en plus d’être son fournisseur. 

Quels sont les clients des produits commercialisés par Lilokawa aujourd’hui ?

Lilokawa propose d’aménager des espaces intérieurs ou extérieurs pour des entreprises. Nous avons par exemple aménagé les lieux d’une convention d’IBM en 2014 ou encore la boutique Max Havelaar de Paris. COJEAN nous a passé une très grande commande pour ses magasins : 4 000 sacs et 2 000 tabliers sur un an et demi, qu’ils vont revendre dans leurs boutiques. Ça répond à une stratégie de responsabilité sociale, la marque peut revendiquer que c’est un produit confectionné par des salariés en insertion. Nous avons aussi une belle expérience avec Toyota, qui a une usine à 500 mètres de chez nous. 

Comment avez-vous pu construire des liens de proximité avec cette entreprise du secteur de l’automobile ?

C’est toujours délicat de se rapprocher d’entreprises avec lesquelles on ne pense pas, au premier abord, avoir de points communs. Pourtant, dans nos réflexions, on se disait qu’on pourrait étoffer notre offre d’insertion avec eux, former nos salariés à la métallurgie par exemple.

Ces initiatives peuvent se faire, mais il faut d’abord engager un dialogue. C’est le président de la communauté de communes où nous sommes implantés qui nous a mis en relation avec le directeur de Toyota, car il savait que l’entreprise aller fêter ses 20 ans et qu’elle souhaitait faire un événement local à cette occasion. 

Finalement, avez-vous réussi à entamer une relation commerciale avec Toyota ?

Au début, ils nous ont confié en mécénat un chariot élévateur. C’est très utile pour nous, mais nous souhaitions aller plus loin en leur proposant d’étudier leurs besoins RH et voir où on pourrait éventuellement intervenir en sous-traitance. Nous avons organisé des rencontres et finalement, l’équipe de Toyota s’est rendue compte qu’elle pouvait s’appuyer sur les compétences de notre atelier couture pour leur événement. 

Comment avez-vous réussi à intégrer Deco’stume aux prestataires de l’événement ?

Ils voulaient mettre en place un chapiteau. Nous avons conçu les drapeaux positionnés sur l’estrade. Ils avaient également le souhait de proposer un cadeau à leurs salariés, ainsi qu’aux dirigeants japonais qui seraient présents à l’événement. Deco’stume a conçu des tabliers « bleu blanc rouge », avec leur marque intégrée sur le vêtement. C’était une opération réussie, y compris pour nos salariés en insertion qui ont vu leur travail valorisé par une grande entreprise. 

Le lien avec les entreprises est l’une de vos priorités. Pourtant, le développement commercial des ateliers et chantiers d’insertion est encadré. Comment traitez-vous cette limite ?

En effet, lorsqu’une entreprise nous commande plusieurs milliers de tabliers ou de sacs, ça re-questionne notre modèle : on ne peut pas faire reposer la production uniquement sur notre atelier d’insertion. Mais nous avons chez ELI instauré une véritable culture d’entreprise. Dans la posture, nous sommes dans le monde de l’activité économique, avec pour spécificité de chercher à créer le plus de débouchés possibles pour nos salariés.

Comment se concrétise cette culture d’entreprise ?

Notre but est de favoriser l’insertion, mais pas de rester focalisé sur un dispositif particulier. Ainsi, nous réfléchissons à mettre en place un deuxième atelier de couture, non conventionné « IAE », mais qui pourrait embaucher nos couturières à l’issue de leur parcours chez Deco’stume.

Nous avons également le projet de créer une société multiservices classique, IDELISS, sous forme SASU, pour répondre à des marchés publics et privés en lien avec l’association intermédiaire (AI), afin de dépasser les contraintes du modèle (nombre d’heures d’insertion maximum imposé par salarié, pas de matériel disponible). Cette SASU serait une filiale à 100 % d'ELI. Nous cherchons toujours de nouvelles alternatives.

Diriez-vous que ces montages hybrides sont efficaces pour booster votre développement commercial ?

Ça a réformé complètement notre offre d’insertion. A la base, on était sur des petites sous-traitances. On s’est professionnalisé grâce aux grosses commandes. On était à 10 000 € de chiffre d’affaires avec Deco'stume au démarrage. Aujourd’hui, on est à 75 000 €, sans avoir doublé les effectifs au niveau du chantier. Notre structuration porte donc ses fruits, et nous avons encore de beaux projets à développer dans les années à venir. 

Ludovic Manceau, directeur Erdre et Loire Initiatives - Deco'stume
Nous avons chez ELI instauré une véritable culture d’entreprise. Dans la posture, nous sommes dans le monde de l’activité économique, avec pour spécificité de chercher à créer le plus de débouchés possibles pour nos salariés

 

Propos recueillis par Sébastien Lévrier 

En images
Les réalisations du chantier d'insertion Deco'stume