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Co-construire de nouveaux modèles de partenariats

Décryptage
Publié
le 28 mars 2018

Le 15 mars 2018, le réseau Les Entreprises pour la Cité (réseau d'entreprises investi dans l'innovation sociale) a organisé une matinée sur les formes de coopérations en faveur de l'emploi, telles que les Joint venture sociale (JVS) ou les Contrats à impact social (CIS). 

Le passage d’un Etat providence à une société providence donne à chaque structure son rôle à jouer. L'engagement de l’entreprise se fait de plus en plus en dehors du mécénat grâce à des coopérations pour l’emploi et l'émergence de partenariats hybrides. Simon Bitaudeau, animateur de la matinée note "l'importance du préfixe "co" qui témoigne d’une tendance à l’ouverture vers les écosystèmes et les parties prenantes". Cette table ronde a permis les échanges autour de l’émergence de nouveaux modèles de partenariats, comme les Contrats à Impact Social (CIS) et la les Joint-Venture Sociales (JVS).

Les Joint-Venture Sociales (JVS)

Antoine Rieu, Doctorant-Chercheur et Manager R&D chez ARES (groupe d’entreprises d’insertion qui favorisent l’insertion de personnes en grande exclusion) et SocialCoBizz (accélérateur de JVS), rappelle que les JVS reposent sur le partenariat entre une entreprise "classique" et une structure à vocation sociale, par exemple une association, autour d’une problématique sociale. Le groupe ARES et XPO Logistics (entreprise multinationale de logistique) sont pionniers sur ce sujet avec la création de Log’ins en 2011. Il s’agit d’une plateforme logistique embauchant des personnes en CDDI. ARES détient 51% des parts, ce qui permet de prévenir le risque de dérive quant à la mission sociale.

L’intérêt pour l’entreprise classique partenaire est bien d’acquérir de nouveaux marchés dans son cœur d’activités en plus de sa motivation pour la dimension sociale. Dans la création de toutes les JVS, l’entreprise ne perd pas d’argent et peut même en gagner dans le développement de nouveaux métier. La JVS permet de sortir des process de la grande entreprise, c’est une structure plus agile qui permet d’innover.

Antoine Rieu cite quelques bonnes pratiques pour monter une JVS :

  • Prendre le temps pour se connaitre et définir l’activité car une JVS est vouée à durer dans le temps ;
  • Créer un langage commun ;
  • S’appuyer sur des sponsors internes et externes ;
  • S’assurer de l’engagement de managers de haut niveau ;
  • Traiter des problématiques territorialisées, en lien avec des acteurs publics ou des groupes de citoyens.

Les Contrats à impact social (CIS)

Les contrats à impact social sont des mécanismes financiers axés sur la prévention innovante des risques sociaux. Il encourage des investisseurs privés à financer la solution d’un acteur social répondant à un besoin social identifié. Un évaluateur indépendant mesure les résultats du programme et en cas de succès, la puissance publique rembourse les investisseurs.

L’Adie est la première structure à avoir bénéficié du CIS sur un programme permettant l’accompagnement et le financement à distance de porteurs de projets dans des zones où l’Adie n’est pas présente, donc avec un risque plus grand de non-remboursement du crédit. Ce projet est déployé en zones rurales pour un coût de 1,3 millions d’euros.

Nicolas Hamel, directeur des partenariats de l’Adie, explique qu’il a fallu un an pour élaborer le projet, se mettre d’accord sur les indicateurs de réussite, identifier les investisseurs et signer les différentes phases du contrat. Pour lui, les programmes présentés dans le cadre de CIS doivent être important afin de rentabiliser toutes les démarches et travaux liés à la construction du contrat. L’Adie a employé une personne à temps plein sur un an dédié à l’élaboration du CIS. C’est donc trop lourd pour les petites structures.

A lire sur Mécénova Contrats à Impact Social : quel bilan, 2 ans après leur arrivée en France ? et Contrats à Impact Social : quelles perspectives d’évolution, à l’heure du French Impact ?

D’autres formes de partenariats

Au-delà des JVS et des CIS, cette matinée a permis de mettre en lumière d’autres formes de coopérations entre grandes entreprises et entreprises sociales. Paul Jeannest, directeur de RAISESHERPAS, a présenté le prix David avec Goliath qui promeut l’alliance entre grandes et jeunes entreprises. En 2017, Phenix et Carrefour ont remporté ce prix autour d’une solution anti-gaspillage créé par Phenix et déployée dans 75 magasins Carrefour.

L’Adie n’a pas attendu de signer son CIS pour coopérer avec des entreprises. Nicolas Hamel explique que les premiers partenaires de l’Adie sont les banques puisqu’elles leur consentent des taux préférentiels et prennent en garantie une partie de leurs lignes de prêts. Depuis quelques années, l’association a commencé à construire de nouveaux produits en partenariat avec des acteurs classiques. Par exemple, des produits de micro-assurance avec AXA et la Macif pour les clients de l’Adie ou un pack avec Renault pour favoriser leur mobilité. Pour Nicolas Hamel, « l’Adie est un outil qui permet aux grandes entreprises d’aller vers des publics en difficulté. »

Toujours dans une recherche d’innovation sociale, l’Adie a également créé les micro-franchises qui proposent des projets clé-en-main à des micro-entrepreneurs. Nicolas Hamel présente le partenariat entre l’Adie et O2 autour d’une micro-franchise de bricolage et de jardinage. L’Adie prend en charge le financement et O2 met à disposition sa plateforme logistique et commerciale ainsi qu’un accès facilité au marché, grâce à l’étiquette O2.

Tous les intervenants de la matinée s’entendent sur le fait que les fondations et les entreprises attendent de plus en plus de la part des associations ou start-ups qui les sollicitent. Elles veulent des offres structurées plutôt qu’une demande de subvention peu qualifiée.

Pour aller plus loin, la vidéo du réseau Les entreprises pour la Cité sur les coopérations pour l'emploi